Jean-Louis Dumas, Histoire de la pensée, philosophies et philosophes
vol. 3. Temps modernes, Paris: éd. Tallandier, Le livre de Poche, n°0407, 1990

(extrait, p. 394-396)

Le structuralisme neutralisé sur son terrain

Francis Jacques, né en 1934 à Strasbourg, a reçu une formation scientifique (en mathématique et en biologie). Professeur à l'université, à Rennes, puis à la Sorbonne, il est l'auteur, entre autres livres, des Dialogiques (Recherches logiques sur le dialogue", et de Différence et Subjectivité. Il y conjugue avec aisance et dextérité les sciences du langage et les problèmes proprement philosophiques. Partant du  "tournant linguistique" des auteurs anglo-américains "d'Oxford à Cambridge, de Princeton et  Harvard à Stanford", il pose la question de la personne en fonction du problème, largement débattu par eux, de l'identité personnelle. Il donne par là à entendre que le personnalisme est une philosophie un peu faible...
Nous avons vu la culture contemporaine hésiter sur le parti à prendre : rétablir le "sujet" traditionnel de l'humanisme, ou le détruire une bonne fois en lui notifiant son insignifiance. (..) 
Pour lui, c'est le dialogue, c'est la communication intersubjective, qui constitue le milieu original de notre compréhension du monde et de l'homme. Certes, "la réalité personnelle est la forme d'existence la plus haute"; mais "la plénitude de la personne suit nécessairement la plénitude de la relation" entre les hommes.


 

Pour F. Jacques, celui qui parle est un sujet parlant  dans la mesure seulement où il est susceptible de prendre en charge, non pas le sens de ses propres paroles, mais le sens des paroles échangées au cours d'un entretien. le sujet parlant est ce qui se construit dans le dialogue. (...)

Des expériences telles que l'amour et le regard, le silence ou le projet, l'indiscrétion et même le secret, la mésentente et le "faux dialogue" manifestent "la présence structurale de l'Autre au cours du moi ". Pascal nous place devant le dilemme ou bien de n'aimer personne ou bien de n'aimer que des qualités vouées à la disparition: seule une notion de la personne fondée sur la communication peut surmonter ce paradoxe. Ainsi F. Jacques mène à bien le double souci de Kant: les conditions de possibilité des énoncés scientifiques et le problème moral de la relation avec autrui. Penser, c'est être capable d'entrer en relation et de s'y maintenir envers et contre tout. Le "règne des fins" de Kant, c'est la "communauté idéale et illimitée de communication des locuteurs. (..)

 

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