ValÈrie Susana*
in
Communication et Langages nƒ 133,
Sept. 2002, pp. 4-20
La
crise du caractËre commun du sens, qui est ipso
facto crise de la culture et crise de líÈducation, la dÈconsidÈration
de la tradition amenant une dÈgradation de la valeur des textes, matiËre premiËre
de la culture, sont plus que jamais problȂmatiques pour les penseurs de la
post-modernitÈ qui tentent de fournir ý líÈducation un nou‚veau ´ fondement ª:
la communication. Passage de
líenfant (infans: qui ne parle pas)
ý líadulte socialisÈ, moyen terme entre líindividu et le social, aussi
bien quíentre líinterrogation et la connaissance, la communication peut
fournir le point de dÈpart díun nouveau paradigme de líÈducation, au sein
de la dÈmocratie qui est intersubjectivitÈ.
´ Le
but de líÈducation est díabord díinstruire, ensuite díadapter
socialement, enfin de former un jugement libre et personnel[1] ª ;
pour líÈlËve, il síagit de trouver un position‚nement au sein de nos
valeurs dÈmocratiques et rÈpublicaines[2].
Ainsi, il existe un lien Ètroit entre líÈducation ainsi dÈfinie et les
valeurs comprises dans la DÈclaration universelle des droits de l'homme. LíAssemblÈe
gÈnÈrale des Nations Unies a proclamÈ la DÈclaration
´ comme
líidÈal commun ý atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin
que tous les individus et tous les organes de la sociÈtÈ, ayant cette DÈclaration
constamment ý líesprit, síefforcent, par
líenseignement et
líÈducation, de dÈvelopper le respect de ces droits et libertÈs et díen
assurer, par des mesures progressives díordre national et international, la
reconnais‚sance et líapplication universelles et effectivesÖ[3] ª
Líenjeu
de cette Èducation[4]
universelle (et pas seulement ´ nationale ª) consiste ý former (donc informer) chaque membre de la communautÈ aux valeurs
de respect, de libertÈ, díÈgalitÈ, de justice et de paix, tout en offrant
les moyens intellectuels díinterroger
de faÁon autonome et critique cette communautÈ, et cela en son sein mÍme.
Jugement et adaptation sociale, termes díune antithËse bien connue, sont liÈs
díun point de vue politique parce que le citoyen saisit le sens de ses devoirs
et de ses droits[5].
Entre
la comprÈhension sÈmantique et les comportements empiriques, il níy a pas ý
choisir dËs lors que líon rÈflÈchit sur líÈducation díun point de vue communicationnel.
Car líÈducation est aussi bien apprentissage (politique) de líinter-comprÈhension,
quíinstitution (politique) de comportements qui lui sont appropriÈs[6].
Nous voudrions montrer ici la perti‚nence díune mÈthode díinvestigation
issue de la philosophie de la communication et
du texte[7].
Elle porte sur líÈlucidation du sens
construit au sein de líinstitution
scolaire ; i.e. du sens communiquÈ :
non plus ´ transmis ª mais crÈÈ par líÈlËve lui-mÍme et selon
sa propre initiative. Cette perspective Ètant, bien sšr, ý intÈgrer au sein
des dÈbats inaugurÈs par les acteurs de líÈducation. Cíest ý la croisÈe
de tous ces dÈbats que nous comprendrons mieux ce que font maÓtres et ÈlËves
au cúur de líinstitution scolaire, et ý quelles conditions cela peut Ítre
fait ensemble.
Pour
cela, nous retournerons la question, assez traditionnelle, qui porte sur la
transmission des contenus de cours (programmes scolaires ou mÍme parascolaires[8]).
Cette question bien connue - comment Èduquer les jeunes, que leur
apprenons-nous, et que faut-il quíils apprennent - peut Ítre dÈpassÈe parce
quíil semble bien plus urgent de comprendre
comment líon en vient ý comprendre, partant ý croire et ý savoir quoi
que ce soit. A partir de quels dispositifs les ÈlËves interrogent-ils
ce quíils savent effectivement, i.e.
ce quíils nous disent savoir, ce
quíil pensent et ce quíils font
socialement de ces contenus de sens? En
quoi (ý partir de quelles catÈgories) et ý
quoi (rÈfÈrent) pensent les ÈlËves ? Et surtout : comment saisir cette compÈtence communicative gr’ce ý laquelle les ÈlËves peuvent
interroger eux-mÍmes ces choses, síinterroger
entre eux ý leur propos, et Ítre
interrogÈs par ces choses les concernant et par les Èducateurs qui leur en
parlent ?
LíhypothËse
que nous dÈvelopperons est que cette compÈtence communicative, origine de
toutes les ´ formes symboliques ª de la culture (science, droit,
politique, art, religion), donc aussi de líÈducation qui síefforce de les rÈactualiser
sans cesse au prÈsent, síorigine elle-mÍme dans une interrogativitÈ[9]
premiËre, condition de possibilitÈ de tous les discours, et donc a
fortiori de tous les textes pÈdagogiques. Ces textes sont ý la fois des
processus de rÈactua‚lisation (ex.:
´ apprendre ª un poËme lors díun cours de Lettres) et de rÈflexion
: ý la fois sur le texte-objet (ex.: líexplication de texte appliquÈe au
poËme) et sur le mÈta-texte second (ex.: le texte mÈthodologique polycopiÈ
de líexplication de texte, etc.).
Líapproche
communicationnelle par le texte est donc ´ philosophique ª ý ce
titre. De ce point de vue, elle dÈfinit líÈducation comme dÈveloppement de
la compÈtence interrogative et de la performance
textuelle. Loin de se limiter ý lí´ apprentissage ª des textes,
qui sont le mÈdium de la ´ culture gÈnÈrale ª, elle souligne :
1) Le repÈrage des types de textes
sur lesquels sont indexÈes les disciplines et leurs matiËres. Savoir comment
líon ´ síy reconnaÓt[10]
en ª Science (mathÈmatique, biologie ...), ´ en ª Histoire,
´ en ª Lettres, etc., implique la reconnaissance des catÈgories (types de questions) et des appareillages conceptuels
que chaque discipline importe afin de se
comprendre, cíest-ý-dire comprendre líhistoire de ses propres textes (ex.:
les thÈo‚rËmes de ThalËs, Pythagore, etc.). Le repÈrage de ces indices est
pour líÈlËve líindispensable prÈalable ý la comprÈhension.
2)
La maÓtrise des contraintes
textuelles propres ý ces types : contraintes formelles, syntaxique ou
stylistique (taxinomie, rhÈtorique), mais aussi ´ textologiques ª,
catÈgoriale et sÈmantique. Car la contrainte des jeux textuels est une
contrainte de la pensÈe : toute discipline est
structurÈe comme un langage (sa terminologie) et se prÈsente comme une matrice
de textes toujours distincts et marquÈs.
3)
La maÓtrise des comparaisons
inter-disciplinaires, donc inter-textuelles (ex.: entre gÈomÈtrie et algËbre
; histoire et sociologie ; lettres et philosophie), et des franchissements
conceptuels correspondants. Cíest-ý-dire : des frontiËres textuelles et de
leur ´ porositÈ ª, qui seule permet les innovations et la fÈcondation
mutuelle.
4)
La maÓtrise de la mÈta-textualitÈ,
ou aptitude ý parler sur ces textes
(un ´ cours ª níest que líactualisation de cette aptitude,
quíil faut comprendre pour les ÈlËves afin díÈchapper ý un modËle
didactique trop passif), voire ý parler sur
cette aptitude elle-mÍme (qui seule permet de rÈflÈchir ý des rudiments de mÈthodologie
ou díÈpistÈmologie), laquelle est constante notamment dans tout ´ cours ª
de philosophie.
Mais la philosophie du texte níen reste pas ý la spÈculation ý propos de la
compÈtence interrogative. Elle indexe avant tout líÈducation sur la performance
textuelle : car la reconnais‚sance et le repÈrage ne sont que des prÈalables
ý líactualisation pragmatique, en
contexte. Le slogan ´ apprendre ý apprendre ª trouve ici son lieu
díinclusion thÈorique : on apprend ý ap‚prendre en produisant
soi-mÍme des textes catÈgorialement bien formÈs (respectant les
contraintes) et en síinterrogeant sur cette production. Dío˜ la rÈflexivitÈ
et la ´ relationnalitÈ ª (ou ´ dialogique ª)
essentielle de líinterrogation.
Le
but de cet article est de montrer comment, dans notre perspective communication‚nelle,
la communication Èducative est participation
pragmatique et dÈveloppement de la capacitÈ díinitiative sÈmantique.
Pour
mieux cerner cette thËse, et honorer le point de dÈpart ´ politique ª
proposÈ, nous travaillerons ý partir de, et sur, le thËme des droits
de líhomme : terrain privilÈgiÈ de líÈduca‚tion civique ý la
participation civique. Car le sens des droits de líhomme est díassurer ý la
fois líautonomie des personnes et leur intÈgration au sein díune sociÈtÈ
politique qui ne naÓt que de leur lien ; et ce, en Èduquant
les individus (dont les enfants) ý devenir des personnes respon‚sables,
cíest-ý-dire, par une pÈdagogie de la
Relation, comme le prescrit la DÈclaration. De ce point de vue, la question
Èducative devient alors : comment síactualisent
les droits de líhomme (la naissance de la responsabilitÈ personnelle,
condition de la reproduction sociale), par
líinter‚rogation quíils permettent entre
les ÈlËves, et entre eux et líinstitution
(líÈcole) ?
1)
Comment les ÈlËves pensent-ils les droits de líhomme (comme rÈfÈrent ou
´ objet ª díÈtude) ?
2)
Comment pensent-ils des rÈfÈrents (qui peuvent díailleurs Ítre des textes) ý
partir des droits de líhomme (comme ´ thËme ª de lecture, par
exemple díun roman, ou bien díun texte mÈdiatique qui parle de líactualitÈ
dans le langage de líÈvÈnement) ?
3)
Comment pensent-ils le monde par les
droits de líhomme (via ce dispositif
sÈman‚tique spÈcifique) ? Comment les droits de líhomme deviennent-ils pour
les ÈlËves non plus un rÈfÈrent ou un thËme, mais une ´ grille de
comprÈhension ª, un langage ý part entiËre permet-tant de formuler des
conceptions du monde ou des arguments ?
La
complexitÈ du problËme est líindice quíil est bien posÈ. Tentons, non pas
de le rÈduire ý la simplicitÈ, mais au contraire díen rendre compte sous
tous les aspects par une analyse de corpus. Líobjet de líanalyse est
doublement liÈ ý la mÈthode employÈe. Il síagit díun corpus de textes
Ècrits par des ÈlËves, collÈgiens et lycÈens. Nous ne proposerons pas une
´ explication de texte ª, mais une comprÈhension textologique, au sens dÈveloppÈ plus haut, de ces
performances textuelles, au regard de la compÈtence interrogative exigÈe par
les grands types de textes et leurs contraintes : ici, le dispositif en lui-mÍme
fort complexe (car rÈflexif) de la DÈclaration universelle des droits de
líhomme.
Etude
pragmatique et interrogative de journaux lycÈens[11]
Le
journal lycÈen[12]
reprÈsente une mine pour le chercheur qui se demande ý quoi pensent les
adolescents, et comment ils pensent ces rÈfÈrents ; cíest-ý-dire : ce
quíils y mettent en question. Il permet, díun point de vue mÈthodologique,
de se dÈtacher díune logique díÈva‚luation des savoirs (líÈtude de ce
qui a ÈtÈ transmis, par exemple les rÈponses donnÈes par líÈlËve aux
questions du professeur), car ici líon a bien entendu accËs directement aux
ques‚tions que se pose líÈlËve lui-mÍme, et quíil pose aux lecteurs
potentiels que sont, entre autres, les adultes. La relation entre líÈlËve,
le professeur et les textes fondamentaux síobserve dans les pages Ècrites ý
líinitiative des jeunes au sein du journal de leur collËge ou lycÈe, comme performance
autonome et textuelle. Une compÈtence ne pouvant Ítre que reconstruite
ý partir des performances.
On
vÈrifie dÈjý par ce biais que les ÈlËves se posent bien des questions,
notamment sur la citoyennetÈ. Rappelons que la premiËre objection possible ý
notre modËle serait celle qui nierait que les ÈlËves veulent ou puissent concrËtement síintÈresser de faÁon autonome
(´ tout seuls ª ou díeux-mÍmes) ý
la citoyennetÈ. Cette premiËre objection levÈe, líÈtude des journaux
lycÈens ouvre une large perspective : Èlucider le type de questions qui sous
tendent les articles, qui sont liÈes avec le type de texte produits, les
rapports entretenus avec les textes fondateurs des domaines concernÈs.
La
pragmatique textuelle síintÈresse ý ce que ´ font ª
les ÈlËves en produisant ces textes,
cíest-ý-dire la dimension proprement actionnelle
de tout discours. Elle englobe aussi le niveau sÈmantique, i.e. líÈtude du sens de
ces textes. Le travail sÈmantico-pragmatique sur un corpus de journaux
scolaires et lycÈens permet donc une nouvelle approche des exigences de líÈducation
civique : les journaux scolaires peuvent faire figure díun observatoire o˜
líon constate ý la fois líadaptation des ÈlËves au sein de la sociÈtÈ
et les valeurs quíils y vÈhiculent effectivement.
Il
est patent que la question de la justice
est omniprÈsente dans la pensÈe des lycÈens, pour autant quíelle trouve le
support díune situation concrËte. On retrouve une vive curiositÈ de ce
quíil se passe rÈellement dans les palais de justice par exemple :
Notre programme de 1Ëre G comprend deux heures de droit par semaine... beaucoup de vocabulaire ý mÈmoriser, des procÈdures judiciaires qui, sans doute, manquent de fantaisie... mais une fois líeffort fait, nous pouvons nous ëattaquerí ý líÈtude de cas concrets. Juste avant les vacances de P’ques, nous nous sommes transportÈs au Palais de Justice de Paris afin díassister ý des audiences en correctionnel. Ces audiences sont publiques et si vous Ítres intÈressÈs et... majeurs, vous avez la possibilitÈ de vous y rendre individuellement.
´ A vous de juger... ª, Les Neurones DÈchaÓnÈs nƒ 0, Mai 1985.
Cet
intÈrÍt pour líinstitution se double díune conscience de líimportance
des textes de loi dans líapprÈhension du sens et de la comprÈhension de leur
environnement. Líobjet ´ texte de loi ª reste la rÈfÈrence en ce
qui concerne leur relation au monde, et un indicateur pour eux de ce qui est
conforme ou non ý leur idÈe des droits de líhomme. Comme nous allons le voir
dans une sÈrie de cours extraits, ce souci de la valeur de justice (et de sa
possible incarnation dans la normativitÈ de la loi) apparaÓt essentiellement
sous trois formes :
1-
Un texte de loi est reproduit intÈgralement au sein du journal :
Extrait
du Journal Officiel du 19 FÈvrier 1991 :
´ Rapport au premier ministre du dÈcret nƒ91-173 du 18 fÈvrier 1991
relatif aux droits et obligations des ÈlËves dans les Ètablissements publics
locaux díenseignement du second degrÈ. [...] ª
Alors connaissez vous vos nouveaux droits ? BAVUR vous propose díÈclaircir ce dÈcret pour vous permettre une meilleure comprÈhension . Vous avez des droits !!! Pourquoi ne pas les utiliser...
´ LycÈens : des droits díexpression ý saisir... ª, in BAVUR nƒ4, LycÈens et Ètudiants Niortais, Janvier-Mars 1992.
Cíest
un peu long et un peu chiant, mais cíest le rÈsultat de notre grËve. Alors
LISEZ-LE! [J.O. du 19 FÈvrier 1991]
in
Le grand mÈchant loup nƒ6.
A líheure du bicentenaire de la RÈvolution FranÁaise, les droits de líhomme sont largement cÈlÈbrÈs. Mais nous, les enfants quels sont nos droits? Líinformation actuelle ne traite que trop peu les cas des enfants alors quíils sont si nombreux ý mourir, si jeunes, chaque jour, du fait de mauvais traitements ou de violences. Mais comment voulez-vous quíun enfant parle, quand il ne connaÓt pas ses droits ? Il devrait y avoir un moment rÈservÈ ý cela dans les cours díÈducation civique. En attendant, et pour y voir plus clair, nous publions sur la double page suivante, le texte intÈgral de la DÈclaration des droits de líenfant, tel quíil a ÈtÈ adoptÈ en 1959 par les Nations Unies. [...]
´ Droits de líenfant. DÈsirs ou rÈalitÈ ? ª Le Petit Monstre nƒ3 Mai-Juin 1989, LycÈe de Montgeron.
2-
Le texte interrogÈ-interrogeant apparaÓt sous forme de citation qui en sÈlectionne
un aspect :
Dans un monde o˜ líintÈgrisme fait des ravages (voir líAlgÈrie actuellement) et o˜ líexclusion gagne du terrain, líEtat se doit de rÈaffirmer son attachement aux valeurs laÔques. Gardons toujours en mÈmoire líarticle premier de notre Constitution qui stipule que : ëla France est une rÈpublique indivisible, laÔque, dÈmocratique et socialeí. Son Ècole, la Publique, se doit donc de rester fidËle ý son principe de laÔcitÈ, accueillant ainsi indiffÈremment tous les enfants de la Nation.
´ Edito ; Apologie de la LaÔcitÈ ª, in LíAuguste nƒ9, FÈvrier 1994
ëNul ne sera soumis ý la torture, ni ý des peines ou traitements cruels, inhumains ou dÈgradantsí : voila ce que stipule la DÈclaration universelle des droits de l'homme. [...] Toutefois trop de pays pensent rÈsoudre les problËmes sociaux ou poli-tiques urgents en exÈcutant quelques prisonniers, voire des centaines. Mais quíest ce que la peine de mort vraiment ? Comment est-elle appliquÈe ? De quelle faÁon affecte-t-elle tout un chacun et viole-t-elle les droits de líhomme ?
´ La peine de mort. Menace des droits de líhomme ª, in LíAuguste nƒ9 FÈv. 1994.
3-
Le texte interrogÈ-interrogeant apparaÓt sous forme de renvoi ý son titre ou
son sujet :
Ces propos anti-avortement ne visent donc quíý condamner la femme et ý la main-tenir ý sa place de mËre au foyer ý la progÈniture nombreuse. Líavortement prÈ-sente donc une autre alternative aux femmes : le droit de disposer de son corps, de sa vie, de ne plus Ítre dÈpendante díun accident. [...] Mais tout le monde níest pas du mÍme avis. Ainsi la loi Veil nía pu Ítre votÈe en France que dans les annÈes 1970 alors quíelle Ètait rÈclamÈe depuis une dizaine díannÈes. Ces droits ne sont donc jamais dÈfinitivement acquis, alors quíils concernent la moitiÈ de la population mondiale : les femmes.
´ Avortement. La loi
Veil menacÈe ª, in Le MarÈcage
nƒ1, automne 1996. LycÈe
Victor Hugo, Paris 3e.
ëLes droits de líhommeí, que signifient-ils et pourquoi existent-ils?
ëLes droits de líhommeí sont des droits destinÈs ý tous les hommes de cette planËte et ils ont ÈtÈ rÈdigÈs lÈgalement (cíest ý dire quíils níont pas ÈtÈ crÈÈs simplement pour le plaisir de les lire). Enfin ils ont ÈtÈ crÈÈs dans líunique but de dÈfendre líhomme.
´ On a le droit... oui, mais de quoi ? ª, in FenÍtre sur Cour nƒ4, LycÈe Raoul Follereau.
On
le voit, les textes de loi deviennent les moyens de convenir de la lÈgitimitÈ
díun propos, ils sont souvent des rappels pour commencer un dÈbat. Parfois,
ils níapparaissent que pour ´ informer ª. Quoiquíil en soit, le
dÈsir de reproduire un texte dans sa globalitÈ, ou díun extrait, montre que
les ÈlËves privilÈgient un rapport
direct avec les textes fondateurs, et font la diffÈrence entre un projet de
mÈdiation (morale et juridique, dans le cas de la DÈclaration) et de mÈdiatisation
(le commentaire public que les jeunes en fournissent). Deux prÈjugÈs tombent
donc face ý líexpÈrience : celui selon lequel les jeunes non seulement ne
veulent plus lire, mais sont dans líincapacitÈ de se
repÈrer dans líunivers textuel ; et celui selon lequel ils ne peuvent pas
distinguer entre les types de textes
díune part, et les niveaux textuels
díautre part (source habilitÈe juridiquement / commentaire non-juridique ; lÈgal-obligatoire
/ lÈgitime-juste, etc.).
Líarticle
qui dÈfend une idÈe (qui síy rÈfËre, en fait mention) nía pas le mÍme statut que le texte qui fonde en droit
le concept sur lequel on prend parti et qui, lui, peut en user juridiquement. La maÓtrise de líutilisation des diffÈrents
types de textes est un atout pour la prÈsentation des arguments dont les jeunes
mesurent spontanÈment líimportance. Ils semblent ne pas ou ne plus se
laisser ´ abuser ª par les discours ´ sur ª la
justice (qui pullulent dans líespace public), et amorcent un retour vers les
textes fondateurs, qui relËvent pour eux de líorigine de la pensÈe, un point
de dÈpart.
Ce
point de dÈpart leur permet de ´ penser le monde ª, cíest-ý-dire
líensemble des faits (y compris les faits de discours) et les ÈvÈnements qui
en viennent ý les concerner. Si
líon choisit de se focaliser sur la thÈmatique des droits de líhomme dans
les journaux lycÈens, on remarque quíils apparaissent aussi autrement que par
la citation du texte fondateur. LíintÈrÍt consiste ý comprendre de quelle
maniËre les ÈlËves apprÈhendent cette notion, et ce, non pas pour en dÈnoncer
les Èventuelles ´ lacunes ª (celles-ci pourraient aussi bien se
retrouver dans certains textes mÈdiatiques), mais bien entendu pour situer les
prÈoccupations des ÈlËves sur la question, ou plus prÈcisÈment de saisir
leur capacitÈ díorganisation des questions au sein díun dispositif de
questionnement (qui est progrËs rÈglÈ entre les questions et les rÈponses).
Une fois mesurÈe cette capacitÈ ´ architecturante ª, les cours
díÈducation civique pourraient, ý terme, apprendre
ý rencontrer les questions rÈelles des adolescents - et non les soulever
pour eux.
Car
cíest ý partir de la performance textuelle que líon mesure la compÈtence
symbo‚lique. Ici, la premiËre compÈtence que líon perÁoit ý la lecture
des journaux, est celle de comprendre non pas les ´ droits de líhomme ª
(comme un rÈfÈrent ý situer dans le monde), mais le monde ý partir du schËme de sens que constituent les droits de
líhomme. Les ÈlËves montrent la relation qui existe entre un fait, un ÈvÈnement,
une idÈe, et les droits de líhomme. Ils interrogent la possibilitÈ de les
confronter, pour conforter (dans le cas de la violence) ou abolir (dans le cas
de la loi) leur distance. Or, ce possible est un possible textuel. Ils cherchent une mÈdiation entre le monde et les
grands textes. Les droits de líhomme sont un point díancrage et de
comparaison ; ils offrent des repËres sÈmantiques stables (quíon appelle des
catÈgories) qui permettent de
construire une conception du monde. Le texte níest pas figÈ comme une entitÈ
abstraite, mais au contraire comme une sorte díarbitre qui permet de considÈrer
si un ÈvÈnement est conforme ou non ý líidÈe - haute - quíils se font
des droits fondamentaux de la personne humaine, et donc, par extension, de
líhumanitÈ cosmopolitique coextensive díun projet de paix perpÈtuelle.
Ces
considÈrations ne seraient des extrapolations que si líon dÈcidait
díinterprÈter de líextÈrieur les journaux lycÈens ; or il níen est
rien. Ce sont bien ces schËmes, qui ne sont pas tout faits mais en voie de constitution, quíils cherchent
ý mettre au jour. Les extraits que nous proposons montrent líÈtendue des
questions que les lycÈens se posent : le monde níest pas un magma indÈfini
de faits, mais bien au contraire chaque ÈvÈnement est interrogÈ par líinter‚mÈdiaire
díune grille textuelle, les droits de líhomme.
Si on regarde la tÈlÈvision, si on Ècoute la radio, si on lit les journaux, on se rend compte quíen Pologne, au Salvador et un peu partout dans le monde les Droits de líHomme sont bafouÈs. Il y a des pays o˜ les gens níont aucun droit et vivent sous des rÈgimes de dictature.
´ Droits de líhomme : le droit mais aussi le devoir ª in Ai nƒ4+1
Encore une fois, la devise ëon cogne díabord et on cause aprËsí a ÈtÈ respectÈe. Bravo messieurs les policiers ! Vous avez fait preuve díun grand respect des libertÈs individuelles et des droits de líhomme.
´ Le retour des tontons flingueurs ª, in LíAuguste nƒ9 FÈvrier 1994.
Je trouve que cíest une honte, les policiers níont pas le droit de tuer ni de frapper pour une manifestation. Ce jeune homme du nom de Malik, et bien sa mort mía fait de la peine.
´ LíInjustice ª, in Calmette actualitÈ, nƒ7, DÈcembre 1987.
Ici,
le schËme ´ droits de líhomme ª intervient nettement, pour
permettre de se rÈfÈrer ý des entitÈs politiques (nations). Cette rÈfÈrence
est instaurÈe ý partir de la thÈmatique poli-tique de la DÈclaration, qui
dit que les droits imprescriptibles de la personne (qui ne se rÈsorbe pas dans
le citoyen) sont corrÈlativement un devoir de respect de líautonomie par les
souverainetÈs potentiellement aliÈnantes. Il síagit ici de líactualisation
díune thÈmatique ´ gÈnÈrale ª : la limite que constituent ces
droits face ý la vertu rÈpublicaine de líobÈissance et de la soumission du
citoyen aux lois de sa communautÈ, et ý la discipline quíelle maintient par
la force (armÈe, police). Or cette force est incarnÈe par des hommes livrÈs
eux aussi aux passions, ce que doit dÈnoncer une critique humaniste fondÈe sur
líuniversalitÈ de la raison.
Notons
la mise en opposition du rÈgime des gestes dÈsymbolisÈs de la violence avec
le rÈgime de la parole qui repose sur líinterdit du contact (´ on cogne
díabord et on cause ensuite ª) ; la parole ÈchangÈe peut engendrer le
consentement, alors que de la violence ne peut naÓtre que la soumission.
Dans
les extraits suivants, nous pouvons reconnaÓtre une rÈfÈrence au PrÈambule
de la DÈclaration, puis ý líÈgalitÈ devant la loi, enfin ý la protection
de la vie humaine :
Comment faire face ý cette rÈsurgence de líextrÍme droite sinon se mobiliser ; serrer les coudes et alerter líopinion et les politiques. Car devant cette nouvelle menace cette fois on ne pourra pas dire quíon ne savait pas.
´ 1992 : líextrÍme droite ª, in Le tortid nƒ38, Mars 1992, LycÈe Georges Braques.
´ ConsidÈrant
que la mÈconnaissance et le mÈpris des droits de líhomme ont conduit ý des
actes de barbarie qui rÈvoltent la conscience de líhumanitÈ... ª :
la reprise du PrÈambule est ici implicite. La question est díordre politique
puisquíelle mobilise les catÈgories de líami et de líennemi (´ faire
face ý ª, ´ serrer les coudes ª), ou plutÙt díun
adversaire intÈrieur (un parti) qui pourrait bien devenir, ce que les ÈlËves
dÈnotent par le terme de ´ menace ª (sur fond de devoir de mÈmoire),
líennemi extÈrieur de la dÈmocratie. Leur ´ rÈponse ª consiste
avant tout dans la croyance en líespace public qui permet de reconnaÓtre ou
de convenir ensemble.
Le dÈgošt grandit devant cette justice complËtement arbitraire qui síen prend tou‚jours aux mÍmes, ý ceux qui ont le moins de moyens de dÈfense : les jeunes, les chÙmeurs, les marginaux, les pauvres, bref tous ceux qui ne peuvent pas faire jouer de leur importance dans la sociÈtÈ. Les autres profitent de la corruption de la police et de la justice, ils síen sortent trËs bien et on ne les verra jamais ý un tribunal.
´ Justice ª, in Impressions nƒ 2, fev. 87.
Ici
deux questions sont soulevÈes. La premiËre est celle de líÈgalitÈ des
citoyens devant la loi (article 7). La seconde est celle de líindÈpendance de
la justice ý líÈgard du pouvoir ou de líarbitraire politique (article 10).
On peut relever une assimilation entre ces questions juridico-politiques et la
question sociale qui relËve des urgences ý traiter par le gouvernement (insÈcu‚ritÈ,
emploi, prÈcaritÈ). La question de líindÈpendance de la justice et de sa
possible corruption est confondue avec la sÈparation des riches et des pauvres
pour aboutir ý líidÈe de justice ý deux vitesses. Líamalgame catÈgorial
est ici soutenu par un solide sens commun, avec prise de parti (´ le dÈgošt ª,
´ síen prend toujours aux mÍmes ª, etc.).
Ces derniers jours, dans les mÈdias, on Èvoque souvent le rÈtablissement de la peine de mort. En ce moment, en effet on parle beaucoup de crimes, de meurtres, de vio‚lences abominables. Comment faut-il punir ? Des gens de plus en plus nombreux demandent que líon organise un vote, un rÈfÈrendum pour ou contre la peine de mort. Notre premiËre rÈaction est de se demander pourquoi rÈtablir quelque chose qui a ÈtÈ aboli ?
´ La peine de mort ? Non... aprËs rÈflexion... ª in La double feuille nƒ27, Fev-Mars 1991-92. Mensuel díinformation. Ecole díapplication Rebzuft-Guebwiller.
La sociÈtÈ a-t-elle le droit et le devoir de condamner ý mort ceux qui violent ses lois et qui portent atteinte ý leur prochain? Peut-on venger le crime illÈgal par le meurtre?
´ SociÈtÈ : Chronique sur líabolition de la peine de mort ª, in Le petit Jules, Mars 98 nƒ5
Les
ÈlËves corrËlent deux qualifications juridiques de líhumain, le droit ý la
vie (article 3), et líinterdiction de la torture, des peines et traitements
cruels, inhumains ou dÈgradants (article 5) au service díun argument : la
peine de mort est nÈgation du premier et rentre dans la catÈgorie des seconds.
La thËse axiologique (ces droits Ètant tout autant des valeurs, cíest-ý-dire
des notions reconnues indiscutablement par tous) est donc la suivante :
la peine de mort a ÈtÈ juste‚ment abolie, elle ne saurait donc faire
ý nouveau líobjet díun choix politique.
En prÈparant cet Èdito, nous nous sommes posÈs de nombreuses questions. Pour-quoi les hommes tuent-ils plus et plus violemment que les femmes ? Pourquoi les prÈsidents qui donnent des ordres de faire la guerre et de tuer les innocents se sont-ils jamais condamnÈs pour meurtre ? Pourquoi...
´ La peine de mort ? Non... aprËs rÈflexion... ª in La double feuille nƒ27, Fev-Mars 1991-92. Mensuel díinformation. Ecole díapplication Rebzuft-Guebwiller.
Ici
encore, la question est axiologiquement orientÈe, donc conceptuellement figÈe,
puisque les ´ prÈsidents ª donnent a priori ´ líordre ª de ´ tuer les innocents ª.
Ce pessimisme moral mÈconnaÓt la distinction du meurtre privÈ et de la guerre
publique qui rend paradoxale la question de la responsabilitÈ politique. La
notion de ´ crime contre líhumanitÈ ª associÈe aux droits de
líhomme, travaille souterrainement le questionnement, en prenant appui sur
líinno‚cence des victimes et le caractËre massif de la violence ý la
guerre.
Faire
rÈfÈrence aux droits de líhomme cíest ý la fois une preuve de la
connaissance de ces valeurs (rÈinscrites ou non dans leur lieu originaire de crÈation),
mais aussi et surtout de leur comprÈhension. Líimportant Ètant bien-sšr que
la relation soit consommÈe entre les faits rÈels et les grands principes.
Maintenant,
une chose est de parler des ´ droits
de líhomme ª de líextÈrieur, cíest-ý-dire síinterroger sur eux
ou ý leur propos, et une autre est de ´ parler droits de líhomme ª
cíest-ý-dire síinterroger ý líintÈrieur de leurs propres catÈgories.
Cíest un peu la distance qui existe entre le commentaire et le manifeste. Si
líon compare des faits ý ce qui est prescrit dans la DÈclaration, on ne
mobilise pas les mÍmes catÈgories que lorsque líon pense ces faits dans le
langage des droits de líhomme. LíÈlËve ´ parle ª les droits de
líhomme dans la mesure o˜ les mots et les faÁons de se questionner prennent
racine dans le grand texte. La grille díanalyse est celle des droits de
líhomme. Le rapport entre le monde níest plus celui díune comparaison
entre une description et un texte,
mais bien un rapport de comprÈhension du monde par
le texte : níoublions pas que le jugement (toute proposition, tout ÈnoncÈ
sur le monde) est une rÈponse ý une question.
Il
reste que le questionnement de la DÈclaration níest pas reproduit ou actualisÈ,
mais reconstruit. Nous avons vu ou allons voir dans les exemples qui suivent que
plusieurs lignes interrogatives síy entrecroisent : elles se cristallisent
autour de termes qui se situent dans des catÈgories juridiques (le
droit, le devoir, la condamnation, la loi), politiques (le
dÈbat, la lutte), morales (la vengeance, líabomination, la honte, la peine), religieuses (leur prochain).
Ces mÍmes prÈoccupations figurent ý des degrÈs divers au sein de la DÈclaration[13].
On
rencontre ici des textes que díaucuns pourraient dÈcrire comme engagÈs.
EngagÈs ils le sont, dans un questionnement qui est commun au texte de la DÈclaration
:
(...) Alors, simplement battez-vous pour le droit qui pourra vous permettre de vous battre pour tous les autres. Battez-vous pour avoir le droit de penser librement. Que vos pensÈes et vos opinions vous soient propres, quíelles ne soient pas celles de Mr Raciste, de Mr droite ou de Mr Gauche, imposez díabord vos propres opinions et vos droits pourront peut-Ítre vous revenir. Accordez-vous simplement le droit de penser.
´ On a le droit...oui, mais de quoi ? ª, in FenÍtre sur Cour nƒ4, LycÈe Raoul Folle-neau.
Nous avons tous droit ý une identitÈ, ý une nationalitÈ, ý líinstruction, de pensÈe, díexpression, díÍtre entendu et protÈgÈ (le juge des enfants est la seule personne en France ý pouvoir prendre une dÈcision contre líavis des parents), díavoir une en‚fance normale, ý la santÈ, ý une justice adaptÈe.
´ La justice pour les 13-18 ans ª, in Warning nƒ5, DÈcembre 1999, LycÈe Paul Roanne.
Au
delý de la rÈfÈrence bien connue aux articles relatifs ý la libertÈ
(díexpression, de pensÈe, díassociation, díÈducation ...), le prÈsupposÈ
fondamental de la DÈclaration est exprimÈ dans la nouveautÈ radicale, qui le
rend impensable dans les catÈgories du droit antique et romain (relatif ý soi
/ commun). Le droit níest plus le milieu naturel des relations dans la citÈ,
il est le droit de líhomme (au
singulier), en tant quíil est le titulaire díune revendication lÈgitime :
´ jíai le droit ª. MalgrÈ
líappel ý líÈgalitÈ par le ´ nous ª (nous avons tous droit...), le droit de líhomme níest le droit
des hommes que par extension ý chacun díeux. Cíest donc la croyance et la
confiance en líHomme, malgrÈ les dÈceptions vÈcues dans líhistoire des
hommes qui doit dÈsormais Ítre reconnu comme prÈsupposÈ de toute Èducation
civique.
Les
trois prioritÈs de líÈducation civique semblent bien Ítre líaspect Èducatif,
politique et communication‚nel. Or, ce dernier est la condition de possibilitÈ
des deux autres : rappelons que ses trois prÈsup‚posÈs sont la mutualitÈ,
la rÈciprocitÈ et la participation.
Cette forme est celle de la compÈ‚tence ý líapprentissage. ConnaÓtre les
droits de líhomme par exemple, suppose de les comprendre et de les interroger.
Cela síactualise dans la performance. Ici se situe le lien entre líÈtude
des journaux lycÈens et líÈducation civique. Car líactualisation de cette
compÈtence montre bien les relations entre les actants du modËle dÈfini, et
elle fournit une base empirique pour Èlucider en retour ladite forme. LíintÈrÍt
de cette Ètude est la prise de conscience de líautonomie manifestÈe par les ÈlËves, autonomie reconnue bien sšr
comme ´ rÈussite ª de toute Èducation civique. Or, ce que nous
avons tentÈ de montrer est que líautonomie se constitue relationnellement entre
les ÈlËves et le texte, et textologiquement, par
la production des textes. Penser, cíest síinterroger, et líinterrogation
níest jamais aussi bien constituÈe que lorsquíelle se textualise.
Les
droits de líhomme existent parce quíon les comprend, ils existent parce que
nous les rendons communs dans nos dÈbats,
nos discours nos textes. Ils sont immanents ý la pensÈe, et existent dËs la
mise en communautÈ de la croyance, qui suppose la comprÈhension. Ainsi ce
travail níest pas un projet, un telos : non, car concrËtement les ÈlËves Ècrivent díeux-mÍmes
et par eux-mÍmes des textes. Ils manifestent leur autonomie, ils participent au
dÈbat civique, et font exister dans la vie de la pensÈe les droits de
líhomme. En Ècrivant, mieux en ´ publiant ª, ils apprennent la
citoyennetÈ ; en se maintenant en relation (entre eux et en relation avec
líadulte qui les lira), les jeunes individus Èmergent du processus comme des personnes
qui peuvent exister les unes pour les autres dans líespace public, et produire
du sens.
*
Dr. en philosophie du langage et de la communication, UniversitÈ Paris III.
Je remercie GrÈgory Corroyer, A.T.E.R. en Science politique ý líUniversitÈ
de Marne-La-VallÈe, pour sa relecture critique, et les nombreuses remarques
qui ont enrichi cet article.
[1]
Didier Julia, art. ´ Education ª, in Dictionnaire
de Philosophie, Larousse 1991.
[2]
Nous sommes ici dans la lignÈe de trois prÈoccupations platoniciennes:
celle de La RÈpublique et des Lois
o˜ une bonne Èducation se dÈfinit dans une citÈ fondÈe sur la justice;
celle du MÈnon, qui demande ´ la vertu peut-elle síenseigner? ª;
et celle de Hippias qui est une
critique du sophiste inca‚pable de rÈflÈchir personnellement.
[3]
PrÈambule de la DÈclaration universelle des droits de líhomme (1948),
nous soulignons.
[4]
LíÈtymologie latine educere
suggËre un mouvement au-delý, au dehors. Instituere
implique un mouve-ment sur place, tournant sur lui mÍme.
[5]
Sur ce point, cf. Patrice Canivez, Eduquer
le citoyen ?, Hatier, 1990, pp. 19-24.
[6]
Ce lien est subtilement mis en valeur par un exemple donnÈ par Michel
Foucault in LíOrdre du Discours,
Gallimard 1971, p. 19: ´ Rappelons ici (...) le vieux principe grec:
que líarithmÈtique peut Ítre líaffaire des citÈs dÈmocratiques, car
elle enseigne les rapports díÈgalitÈ, mais que la gÈomÈtrie seule doit
Ítre enseignÈe dans les oligarchies puisquíelle dÈmontre les
proportions dans líinÈgalitÈ. ª
[7]
initiÈe par Francis Jacques notamment in ´ LíOrdre du texte ª,
in EncyclopÈdie philosophique
universelle, tome IV, Le discours Philosophique, PUF, 1998.
[8]
Cíest-ý-dire le contexte large de ce qui est proposÈ aux Ècoliers, collÈgiens,
lycÈens, qui dÈpasse ce qui leur est donnÈ en classe: il intËgre toute
forme de lectures, discours dans lesquels les valeurs de notre sociÈtÈ
sont transmises.
[9]
Comme le montre Francis Jacques. Cf. entre autres ´ InterrogativitÈ
et textualitÈ, une contribution ý la thÈorie du texte et des textes ª,
in MÈlanges offerts ý Robert Ellrodt,
Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1994.
[10]
Ludwig Wittgenstein, Investigations
Philosophiques, Trad. Pierre Klossowski, Gallimard, 1961, ß123:
´ Un problËme philosophique est de la forme : ëje ne míy
reconnais pasí. ª
[11]
Etude exemplifiÈe par 18 articles extraits de 14 journaux scolaires et lycÈens.
Recherche effectuÈe au Centre de Liaison de líEnseignement et des Moyens
díInformation, qui possËde 60 000 journaux datant de 1926 ý nos jours,
ý partir du mot-clÈ ´ justice ª.
[12]
Typologie des journaux Ècrits par des jeunes: les journaux scolaires dont líinstigation provient du professeur
(inspiration Freinet), et les journaux
lycÈens dont líinitiative vient des jeunes eux-mÍmes. Il y a 30 000
journaux lycÈens publiÈs en France chaque annÈe. Cf. CLEMI, Groupe de rÈflexion,
Líexpression lycÈenne. Livre blanc
des Journaux LycÈens, Hachette, 1991, p.14 et suiv.
13]
ce que nous avons montrÈ in notre
thËse de Doctorat, Droits de
líhomme et communicabilitÈ: Etude textologique de la DÈclaration
universelle, F. Jacques (dir.), UniversitÈ de Paris III, Sorbonne
Nouvelle, UFR Communication, dÈc. 1999
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