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F.
Jacques, Dialogiques, Recherches Logiques sur le Dialogue |
S'il n'est de parole qu'adressée (mieux : interceptée), notre accès au réel est conditionné par le procès de la communication dans l'espace transcendantal de l'interlocution.
Extraits de
l'avant propos et de la 4ème de couverture
Le dialogue socratique visant à l'élucidation du sens des unités de code a longtemps retenu seul l'attention des philosophes. Francis Jacques appelle dialogue référentiel celui où l'échange d'information permet d'établir l'existence et l'identité du référent, comme entre oedipe et Jocaste pour savoir qui a provoqué la peste de Thèbes.
Afin d'en donner un modèle pragmatique rigoureux l'auteur compare l'analyse anglo-saxonne des énoncés à l'étude de l'énonciation par les linguistes français. La théorie des jeux, les actes de langage, la sémantique modale sont élargis et soudés dans leur consistance relative.
Deux concepts clés sont construits qui éclairent les questions ontologiques de personne et de réalité : la rétro-référence où se marque, sans privilège de l'ego sur l'alter, la place des partenaires ; la coréférence au réel par líidentification progressive entre les mondes possibles mis en jeu par les interlocuteurs.
Cette exploration de la praxis interlocutive permet de stigmatiser toute une variété de faux dialogues, de l'esquive à la délégation truquée de la parole et à la simple invective. Et, à contrario, de mettre en relief ce que la psychanalyse avait décrit sous l'angle de l'archaïque et de l'originaire.
Avant
Propos
Les cinq études qu'on va
lire ont été composées de 1975à 1978, à
la suite d'un travail académique intitulé Référence
et description, thèse de doctorat d'Etat soutenue en juin
1975.
La première étude a sa source dans des préoccupations plus anciennes, qui avaient trouvé l'occasion d'une première expression. Une version primitive parut aux Presses Universitaires de Montréal en 1973, dans le recueil collectif Philosophie et relations inter-personnelles. Un chapitre de la seconde fut publié en partie dans le nƒ3 des Etudes philosophiques, en 1977. Je proposai alors d'introduire systématiquement en philosophie les concepts et les dénominations de 'co-référence' et de 'rétro-référence'. Que les éditeurs soient remerciés d'avoir permis de les faire figurer dans ce livre.
Nous avons intitulé Dialogiques
ces essais d'analyse du dialogue. Dialoguer, c'est faire usage de la
langue entre l'autre et moi, entre nous. On a estimé que la
position du problème d'autrui ne pouvait être disjointe
de l'analyse logico-linguistique, et que toutes deux se trouveraient
bénéficier de cette communauté d'approche.
Quel fut précisément notre dessein ? Nous
eûmes l'heureuse surprise, post factum, de le trouver
exprimé programmatiquement sous la plume de Maurice Merleau
Ponty, dans une de ses dernières notes de travail :
Comment transformer le problème d'autrui ? Se demandait
l'auteur des textes regroupés dans Le visible et
l'invisible , de telle manière que l'autre ne soit
´plus tellement une liberté vue du dehors comme destinée
ou fatalité, un sujet rival d'un sujet, mais (soit) pris dans
le circuit qui le relie au monde, comme nous-même, et par là
aussi dans le circuit qui le relie à nous. Ce monde est
commun, est inter-monde.
Quoi qu'il en soit de cette rencontre, le lecteur trouvera ici plusieurs tentatives pour remplir ce propos sub specie linguae. On a voulu apporter avant tout une méthode d'analyse. A notre sens, la logique fournit de solides outils intellectuels pour transformer, conformément au voeu de M. Merleau-Ponty, le problème de manière assez radicale. Encore les moyens logiques sont-ils nécessaires et insuffisants. On verra que c'est l'examen d'un type particulier de dialogue, jamais étudié jusqu'ici, le dialogue à fonction référentielle, qui nous a permis d'instruire la question de la référence aux personnes, en la liant à la question mieux connue de la référence au monde. Il n'en allait rien moins que du statut de la subjectivité (celle de l'autre au même titre que la mienne) et de notre rapport au monde. Thèmes majeurs. Le lecteur en discernera vite deux autres.
Etablir qu'une description adéquate du langage comme praxis intersubjective est possible. Seulement elle appelle, comme l'avait pressenti Mikhail Bakhtine, pour tenir compte de la dimension pragmatique du discours, une profonde modification de la théorie du langage.
Notre enjeu proprement philosophique
consistait à vérifier à quelles conditions une
analyse de style anglo-saxon, nourrie et complétée de
résultats récents des linguistes français,
pouvait servir à réévaluer et sans doute à
réinstruire un programme présent dans la tradition
phénoménologique, ne serait-ce que sous la forme d'un
scrupule.
Ces Dialogiques, trop longues pour être
lues en une seule fois, sont naturellement divisées en cinq
Recherches.
La première fait état de la
transformation considérable que nous entendons faire subir aux
questions traditionnelles de l'existence et de la connaissance
d'autrui.
La seconde s'efforce díimplanter le dialogisme
au coeur de la référence, en saisissant la fonction
référentielle du discours à partir des
contraintes de la communication.
Les deux suivantes élaborent
les concepts indispensables à une pragmatique du dialogue.
Celle-ci sera mise à l'épreuve sur le cas exemplaire du
dialogue référentiel .
La dernière achève
la figure d'autrui à partir de la mise en communauté de
l'énonciation dans une parole heureuse.
Si chaque étude procède díune interrogation spécifique et gravite autour d'un thème. A quelques redites et chevauchements près, elle constitue le segment d'un unique itinéraire, au fur et à mesure que se forgent les instruments conceptuels nécessaires à la résolution des problèmes.
Ces Recherches sont dédiées à ceux dont la pensée m'a formé : J. Vuillemin, E. Lévinas, dont la réflexion à des niveaux divers m'est proche. A ceux qui m'ont accueilli, J. Ladrière à l'Université de Louvain, P. Aubenque au 1er Colloque de Chantilly, C. Perelman à l'université libre de Bruxelles. Une reconnaissance particulière va aux auteurs que j'ai critiqués, dont j'ai tant appris : J. Searle, W. V. Quine, P. F. Strawson, J. Hintikka. Qu'ils me pardonnent si j'ai détourné de leur rigueur ou oblitéré des distinctions qui sont les leurs. Aux collègues qui ont discuté des versions antérieures de ce travail : M. Black, G. G. Granger, M. Boudot, C. Imbert, P. Gochet, dont j'ai mis à profit les corrections et les encouragements, ainsi qu'à M. Clavelin et F. Armengaud qui furent mes premiers lecteurs.
F. Jacques, 1979