L’importance du fait communicationnel et langagier s’accroît chaque jour dans nos sociétés-avec cet effet philosophiquement mal perçu que le sens même se met de plus en plus en extériorité par rapport au sujet, réputé naguère donneur de sens.
La stratégie de l’auteur est ici relativement simple. Détacher le problème de la subjectivité de la conscience de soi pour l’articuler au problème plus fondamental de la personne. Ensuite, instruire ce dernier en adoptant une approche communicationnelle. L’énonciateur est un sujet dans la mesure où parler, pour lui, consiste à s’identifier au cours et à travers les communications où il lui est donné de participer. Cette stratégie enveloppait une méthode. Poser la question de la personne en fonction du problème, largement débattu dans la philosophie d’expression anglaise, de l’identité personnelle.
La certitude centrale s’exprime à travers des analyses concrètes, qui disent le silence et la solitude, le désir et l’amour, l’indiscrétion et le secret… et permettent à l’auteur d’éviter deux refus ruineux qui dominent notre modernité : le refus de la relation-l’idéologie individualiste est l’une des plus pauvres que l’humanité ait connues-et, à l’opposé, le refus des penseurs du système et de certains structuralistes, qui tentent une répudiation absolue du sujet et de la conscience.
Pour renvoyer dos à dos ces deux attitudes extrêmes, l’auteur emprunte à la linguistique, à la critique littéraire , à la psychanalyse, à la théologie. Et surtout il apporte au renouveau de la philosophie de la personne , dont notre temps a besoin, les ressources d’une analyse logique rigoureuse. F. J.
Table des matières
Introduction : Une approche communicationnelle de la personne
Chapitre. I NUM QUID ES TU ?
1. Question de méthode
Les disgrâces du Moi
Héritage de distinctions, héritage de perplexités : caractère, individu, moi, personne
Que vaut le principe : no identity without entity ?
2. A quoi reconnaît-on qu’on est le même
Comment dépasser la métaphysique de la subjectivité ?
Pourquoi poser le problème de l’identité personnelle ?
3. La capacité trans-instancielle de la personne
Les trois instances-je, tu, il –leur dépendance mutuelle
Que la relation interlocutive est dyadique
Limites du discours délocutif sur le moi. Du caractère
Que la structure de la communication est tripersonnelle
4. Genèse d’un moi personnel
Les illusions de l’identité personnelle
Difficulté du recouvrement identificatoire
5. La prématuration pragmatique
Notion d’ambiguïté allocutive
Aléas et retards du recouvrement chez l’enfant
6. Ego sum ?
D’un point de vue logique
Existence et réalité
Chapitre II L’HOMME SANS QUALITES
1. Désirer
Compter pour quelqu’un
Eléments pour une théorie dialogique du désir
Première expérience de l’esprit
2. Le paradigme théologique
Une intelligibilité relationnelle de la personne
Le plus beau miroir de la Trinité
Excursus : Sur Dieu comme personne
3. Le dilemme
Paradoxe de Pascal
De l’apparence grammaticale à l’erreur catégoriale
4. La relation de prédilection
Ni égocentrisme ni allocentrisme : que l’amour commence par lui-même
Aimer : la relation faite sentiment
Fonction ontologique de l’amour
5. Me ames non mea
La logique de surface. Du possessif au relationnel
Douteuses appropriations. Mes croyances, mes actions, mes projets, ma mémoire
6. La question des prédicats personnels
Pour parler des personnes
La grief. Formes normales et formes perverses de l’aveu
Le cas de la psychanalyse
Chapitre III PRIMUM RELATIONIS
1. D’un point de vue logique
L’irréductibilité des relations
Avoir rapport, être en rapport
2. Sur la relation interlocutive
En quel sens est-elle première par rapport à ses termes ?
Termes et supports d’une relation
Un principe ontologique inouï
3. Aporétique de l’altérité personnelle : la phénoménologie existentielle
4. Vaincre l’aporie du solipsisme
Critique du programme husserlien
Quelle intersubjectivité transcendantale
5. L’allégeance à autrui et la différence originaire
De l’embardée à la compensation
Le visage et les inconsistances de la via negativa
Le regard et la parole
6. Les eaux mêlées du discours
Faisons le point
Que H. P. Grice échoue à rendre compte de la relation interlocutive
Chapitre IV LA GRANDE ILLUSION
1. Eurydice ou l’effet de subjectivité
2. Auto-portrait, auto-biographie. Narcisse au miroir
3. Sur la connaissance de soi : l’artefact et la gageure
4. La subjectivité rendue imaginaire. D’où viennent les prestiges du Même ?
5. L’aveu du moi. De la complaisance considérée comme l’un des beaux-arts.
6. vanité de la différence absolue
Chapitre V LE VIF DES SUJETS
1. Reformuler les enseignements du Cogito
Faire relation avec soi-même
Pourquoi les concepts de conscience et de réflexion sont dérivés
2. Seconde expérience de l’esprit
De la vraie solitude
Signification interlocutive du silence
3. Comment la conscience de soi est-elle possible
Dans quel langage nous parlons-nous ?
La certitude du Cogito réévaluée
Quoties a me profetur
Contradiction logique et contradiction pragmatique
4. Conscience de soi ou communication avec soi
Qu’en est-il du discours intérieur ?
L’argumentation subjectiviste
Sa critique. L’incommunicable
Contre expertise. Impasse de la différence négative
5. Troisième expérience de l’esprit
Notion de compétence pragmatique
Le statut de personne
A nouveau le paradigme trinitaire
6. Défaillance et défection
Comment une rupture de relation est-elle possible ?
Le statut personnel et le nom propre. De l’individu à la personne
Chapitre VI DIFFERENCE ET DIFFERENCIATION
1. Ce qu’il en est de la différence
Une nouvelle attaque stratégique de la question
Différence individuelle et différence personnelle
2. Mise au point méthodologique : perspective systémique ou perspective relationnelle ?
Les deux dimensions du social
A nouveau : comment parler de l’Autre
3. De l’action conjointe à la différenciation
Faire la différence
Les asymétries discursives
Où l’on propose une approche pragmatique du secret et de l’indiscrétion
Comment une asymétrie marginale peut-elle engendrer des différences personnelles ?
4. Le discours de l’autre
Vois propre, voix privée, langage tacite
Le paradoxe du divan
Critique de M. Bakhtine : le principe dialogique
5. Composante différentielle et composante intégrée dans le discours
«Entre nous, je veux dire»
Que le dire a structure de dialogue
Les trois sens du sujet
6. L’aveu de la personne
La différence n’est pas seulement positive, elle est relative
Pour une juste autobiographie
De la sincérité
CONCLUSION
1. L’épreuve pragmatique
2. Le soi est peu ?
3. L’esprit dans sa condition relationnelle
4. Retour du thème transcendantal
5. Sur les catégories de la personne
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