Du dialogue au texte. Autour de Francis
Jacques,
Allocution
des coordonnateurs du volume (organisateurs du colloque de Cerisy) et discours
de F. Jacques.
Librairie Palimpseste, le 13 octobre 2003, 18h 45
Gr’ce ý vous trois, amis organisa‚teurs, et ý la contribution díintervenants distinguÈs, la vie de notre pensÈe commune síest concrÈtisÈe dans ce beau livre accueilli par les Èditions KimÈ. Vous míavez placÈ au centre díun travail collectif sur mes questions de philosophe, questions radicales et rÈcurrentes. On níarrÍte pas une pensÈe qui síest nouÈe dans une recherche aussi concertÈe que la nÙtre, dans un lieu díaussi intense sympathie. Elle se recueille pour un nouvel Èlan.
Jíai eu la satisfaction díabord de voir se croiser les reprÈsentants de disciplines (psychologie, Èthique et philosophie du droit, esthÈtique du texte et de líimage, thÈorie des idÈologies, informatique linguistique, logique, thÈologie) et mÍme de paradigmes díintelligibilitÈ diffÈrents (sÈmiotique, hermÈneutique, actionnel, ÈrotÈtique), sur des sujets prÈcis qui se sont imposÈs au cours de notre semaine normande, malgrÈ leur distance prÈsuppositionnelle. La satisfaction ensuite de voir mon modËle dialogique (jíai introduit le terme en France en 1976) et ÈrotÈtique (jíai introduit le terme en 1996) Ètendu ý des domaines qui níavaient pas díabord contribuÈ ý le construire. Cíest toujours une joie (et une contre-Èpreuve) pour le chercheur de constater une telle extension, parce que cíest un prÈcieux indice de fÈconditÈ. ëVenons-en ý la poÈsieí, Ècrit FranÁoise Armengaud, ëý ce que fait líartí, selon une approche pragmatique, propose Marie-Dominique Popelard ; soulignons ële para‚mËtre de líaction dans le dialogismeí, avance de son cÙtÈ Denis Vernant.
Nous avons tous des questions. On síy jette. Mais une question isolÈe tremble dans sa formule gÈnÈralement multiple. Encore faut-il, pour la dÈterminer, líinsÈ‚rer dans un questionnement capable de rejoindre un rÈseau díinterro‚gations, qui fait autrement piËce dans líesprit. Un ÈnoncÈ níest pas vrai ou faux, avant quíun question‚nement ne soit ëdans le vraií. Bien ordonnÈ dans sa logique, il se dirige vers le questionnable, selon des catÈgo‚ries qui sont comme ses gÈodÈsiques. Les prÈsupposÈs díune pensÈe sont ses affluents, les catÈgories au travail ses vecteurs. Quant au rÈgime díinterroga‚tion, il síinstalle au foyer de la recherche mš par le dÈsir qui síy qualifie.
Un exemple. Jíai transmis ý Denis Vernant líidÈe que dans líordre de la pensÈe líinteraction est une forme díactivitÈ conjointe, líidÈe aussi que le processus dialogique est un processus ouvert de co-constitution des interlocuteurs et de co-construction des mondes. Il lui appartenait de mettre un accent original sur le paramËtre de líaction, au point de lui donner la puissance díun vÈritable tournant actionnel, responsable de la transforma‚tion des mondes. Je ne peux que me rÈjouir de ce dÈveloppement qui lía conduit notamment ý Èlaborer un modËle projectif de ëdialogueí homme-machine. De mÍme, chacun des intervenants mía donnÈ une occasion de contentement singulier dans le droit fil de mon travail. Si líun accepte de penser ý travers, dialogique‚ment et diathÈti‚quement, líautre síenrichit des rÈactions. Un bon dÈsaccord qui síenlËve ý point nommÈ sur une entente chËrement conquise vaut mieux quíun accord de complaisance. Cíest la vie de la pensÈe interrogative. Point de Sosie, Ù MoliËre. Mais chacun peut dire avec le poËte AndrÈ Verdet, auquel FranÁoise Armengaud vient de consa‚crer un livre : ëleur multitude me recompose dans líÍtre unique que je suisí.
Entre nous, ni le texte níest achevÈ -- mÍme celui-ci tissÈ par nos entretiens -- ni le dialogue níest clos -- celui que nous avons nouÈ et dont le souvenir est ravivÈ ce soir. Un paradigme díintelli‚gi‚bilitÈ une fois proposÈ ñ un groupe de chercheurs autour de documents et díexemples privilÈgiÈs, selon Thomas Kuhn), jíai appris que son auteur níest pas forcÈment le mieux placÈ pour en exposer la rigueur ou la fertilitÈ, et quíil níest certaine‚ment pas fondÈ ý en circonscrire la portÈe. Quand un questionnement est lancÈ dans un entretien effectif, cíest peut-Ítre au bout de la quÍte et de líÈpreuve que se reforme un langage commun.
Pour finir, jíai une pensÈe reconnaissante pour les prÈsents dans le volume qui sont absents ce soir, comme Simone Goyard-Fabre, Jean LadriËre, Jean-FranÁois MattÈi, FranÁois Jost qui parle en ce moment mÍme ý MontrÈal. Une pensÈe pour les absents dans le volume qui furent prÈsents ý Cerisy, comme Jean-Pierre DesclÈs, Marie-Christine Lala, Nuccio Ordine, Nadine Charbonnel, et Michel-Pierre Bachelet qui a organisÈ pour nous une soirÈe thÈ’trale aussi pÈdagogique que savoureuse. Sans parler des amis absents qui devaient Ítre prÈsents comme Suzy Halimi et Augustin Redondo en colloque ý la Casa Velasquez.
Une pensÈe surtout pour les plus jeunes, si actifs par leurs questions, qui ont su animer une revue si vivante ý la fin de la semaine passÈe ensemble, o˜ ils exprimaient avec humour leur reconnaissance pour líensei‚gnement reÁu. Je pense ý Delphine Krebs, Virginie GÈrard, ý ValÈrie Susana et GrÈgory Corroyer qui composËrent sur place de courts textes thÈoriques mais quíune rËgle arrÍtÈe dËs le dÈpart nía pas permis de retenir. A Florence Quinche et Anne Voizot qui se sont portÈes volontaires avec notre collËgue le Pr Monique Castillo pour fonder une Association des amis, dans líintention de garder le contact entre nous.
Francis JACQUES
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Marie-Dominique Popelard : Ce livre, Du dialogue au texte. Autour de Francis Jacques, renouvelle le sens de palimpseste comme ´ parchemin manuscrit dont on a effacÈ la premiËre Ècriture pour pouvoir Ècrire un nouveau texte ª. Car le parchemin díorigine transparaÓt de tous cÙtÈs dans le livre : líúuvre de Francis Jacques rÈsiste ý tous nos hommages qui, chacun ý sa faÁon pourtant, tentent de cheminer avec elle quand il ne circule pas autour.
Denis Vernant : Ce livre fut prÈparÈ dans un colloque ý Cerisy qui a rassemblÈ beaucoup díentre nous. Un colloque qui fut souvent une vÈritable parole partagÈe, avec Francis Jacques et avec ceux qui, parfois venus de loin, voulaient manifester combien les problÈmatiques tressÈes et parcourues par Francis Jacques les nourrissaient dans des champs qui ne sont pas que philosophiques.
F. Armengaud : Une premiËre partie
rassemble des textes qui retracent le parcours de cette philosophie originale et
radicale du dialogue que Francis Jacques inaugure, et qui correspond ý ce que
lui-mÍme appelle sa premiËre philosophie. Jean-FranÁois MattÈi prend pour
fil directeur la problÈmatique de la fondation transcendantale. Paul Gochet
confronte la philosophie jacquÈenne ý celles de Carnap et de Quine : chez
tous trois le langage et la communication ont pris la place occupÈe chez
díautres par líÈvidence et la subjectivitÈ. Quant ý Kuno Lorenz, il
montre que, je cite, ´ le dialogue en tant quíinstrument rend compte du
dialogue en tant quíobjet de líÈtude philosophique ª. Enfin
Jean-Marie Beyssade dÈcrit la naissance díune pensÈe moderne de la
subjectivitÈ ÈclairÈe dans la confrontation des deux personnages de Sosie,
celui de Plaute et celui de MoliËre.
D. Vernant : Sous le chapeau de pragmatique de la communication, la deuxiËme partie indique les ouvertures opÈrÈes par Francis Jacques en logique et en psychologie, en morale et en sciences de la communication. Etc
M-Popelard : Une esthÈtique du texte et de líimage peut aussi se rÈclamer du parrainage jacquÈen, cíest ce que le troisiËme ensemble de textes montre. Etc.
F. Armengaud : On le sait, Francis Jacques aujourdíhui poursuit une rÈflexion sur líinterrogativitÈ et la textualitÈ. Il Ètait normal que la quatriËme et derniËre partie y soit consacrÈe. ThÈologie de líinterrogation, et thÈologie en interrogation, cíest le parallËle menÈ par Philippe Capelle, ainsi que par Jean LadriËre. M.Olivetti nous signifie le caractËre radicalement responsif et responsable du sujet . Enfin notre auteur en personne livre une mÈditation-clÈ sur la pensÈe. Le pouvoir heuristique et crÈateur appartient ý une pensÈe qui se textualise et síorganise de maniËre interrogative. Cíest lý sans doute lý le mouvement de la pensÈe, mouvement qui nía de cesse, et cíest la source de sa libertÈ. Je níen dirai pas plus en prÈsence de líartiste !
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