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Différence
et subjectivité est un titre fait pour retenir l'attention
des philosophes. Il réunit astucieusement un mot honni et
banni par tous, la subjectivité, qui n'est plus bonne à
rien, et un autre auréolé de toutes les vertus
curatives, la différence, puisqu'il semble acquis
aujourd'hui que rien n'est pensable et qu'il est même
impossible de penser en dehors de la "différence"
. Ce titre n'est pas uniquement chez Francis Jacques une
concession à la mode. Il exprime exactement le projet
qu'il nourrit dans ce livre: penser la personne à partir
de la relation. La subjectivité est un lieu tellement
piégé qu'il faut en prendre son parti, déménager,
commencer à penser ailleurs. cet ailleurs, c'est la
relation, réalité primordiale, condition a priori
de possibilité à la fois du Je et du Tu. Bénéfice
de l'opération: la subjectivité, morte sans gloire,
pourrait ainsi connaître un retour inattendu, mais
cette-fois-ci solidement fondé.
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Tel est le thème, au
sens musical du terme. On évitera ici d'entrer dans ses
multiples variations , souvent imprévues, qui exigent,
pour être saisies, une familiarité assez poussée
avec les concepts de la philosophie contemporaine.
Il
serait de plus prétentieux de vouloir porter un jugement
définitif sur une recherche de cette ampleur. On peut du
moins dire ceci. Toute philosophie commence par un geste
inaugural, que la réflexion peut élucider de son
mieux, qu'elle est incapable de fonder totalement. Le choix de la
relation comme fait initial, pour n'être pas nouveau, a ses
avantages. Francis Jacques le justifie à grand renfort
d'arguments inédits, empruntés à l'arsenal
de la philosophie contemporaine. On n'es discutera pas la
valeur.
On appréciera même en ce sens
certaines pages denses et plus dépouillées sur
l'amour, le silence, la solitude, l'indiscrétion, etc.
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On rejoindra
l'auteur dans sa dénonciation de l'idéologie
individualiste, assez pauvre, produite depuis quatre siècles,
sans peut-être aller jusqu'à y voir l'expression
d'une philosophie "bourgeoise". On applaudira à
sa façon de régler quelques comptes avec le
structuralisme qui, à défaut d'arguments multiplie
les invectives pour dénigrer le sujet. C'est dire qu'on
se sentira en accord avec lui sur beaucoup de
choses.
Accueillera-t-on toutefois ce livre comme une
nouvelle victoire philosophique? Sous la vraisemblance de
l'argumentation, on se demande, en effet, si F. jacques réussit
(est-ce possible?) à faire l'économie du "je
pense" toujours décelable chez ceux-là même
qui le pourchassent et prétendent le déloger. Il ne
cesse, en effet, d'être là comme le secret meneur du
jeu qui, depuis les coulisses, dispose le tout (et de tout) à
son gré et à son goût.
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