Le retour du subjectif
Marcel Neusch, La Croix, 5 mars 1983

Différence et subjectivité Francis Jacques
Aubier, 425 p.


Différence et subjectivité est un titre fait pour retenir l'attention des philosophes. Il réunit astucieusement un mot honni et banni par tous, la subjectivité, qui n'est plus bonne à rien, et un autre auréolé de toutes les vertus curatives, la différence, puisqu'il semble acquis aujourd'hui que rien n'est pensable et qu'il est même impossible de penser en dehors de la "différence" .
Ce titre n'est pas uniquement chez Francis Jacques une concession à la mode. Il exprime exactement le projet qu'il nourrit dans ce livre: penser la personne à partir de la relation. La subjectivité est un lieu tellement piégé qu'il faut en prendre son parti, déménager, commencer à penser ailleurs. cet ailleurs, c'est la relation, réalité primordiale, condition a priori de possibilité à la fois du Je et du Tu.
Bénéfice de l'opération: la subjectivité, morte sans gloire, pourrait ainsi connaître un retour inattendu, mais cette-fois-ci solidement fondé.

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Tel est le thème, au sens musical du terme. On évitera ici d'entrer dans ses multiples variations , souvent imprévues, qui exigent, pour être saisies, une familiarité assez poussée avec les concepts de la philosophie contemporaine.

Il serait de plus prétentieux de vouloir porter un jugement définitif sur une recherche de cette ampleur. On peut du moins dire ceci. Toute philosophie commence par un geste inaugural, que la réflexion peut élucider de son mieux, qu'elle est incapable de fonder totalement. Le choix de la relation comme fait initial, pour n'être pas nouveau, a ses avantages. Francis Jacques le justifie à grand renfort d'arguments inédits, empruntés à l'arsenal de la philosophie contemporaine. On n'es discutera pas la valeur.

On appréciera même en ce sens certaines pages denses et plus dépouillées sur l'amour, le silence, la solitude, l'indiscrétion, etc.



On rejoindra l'auteur dans sa dénonciation de l'idéologie individualiste, assez pauvre, produite depuis quatre siècles, sans peut-être aller jusqu'à y voir l'expression d'une philosophie "bourgeoise". On applaudira à sa façon de régler quelques comptes avec le structuralisme qui, à défaut d'arguments multiplie les invectives pour dénigrer le sujet.
C'est dire qu'on se sentira en accord avec lui sur beaucoup de choses.

Accueillera-t-on toutefois ce livre comme une nouvelle victoire philosophique? Sous la vraisemblance de l'argumentation, on se demande, en effet, si F. jacques réussit (est-ce possible?) à faire l'économie du "je pense" toujours décelable chez ceux-là même qui le pourchassent et prétendent le déloger. Il ne cesse, en effet, d'être là comme le secret meneur du jeu qui, depuis les coulisses, dispose le tout (et de tout) à son gré et à son goût.

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